Index / 

Prostitution

 
 
FR / EN

Pourquoi la prostitution ? Peut-être parce que c'est une sorte d'esclavage qui a lieu en France et non dans un quelconque pays « mal civilisé ». C'est un exemple édifiant de dominations multiples basées sur le genre, la classe sociale, l'origine, l'âge, l'apparence physique... Ce que les féministes semblent appeler l'intersectionnalité. Pour mieux illustrer ces différences, j'indique le prix d'une prestation de base et l'origine de la personne. Il faut savoir que les prostituées sont classées avec beaucoup plus de critères, ça ressemble à la vente de voitures d'occasion sur internet. Le classement peut être fait par les prostituées elles-mêmes, par les agences proxénètes, les sites d'annonces complices ou les clients sur les forums. Le projet n'est pas terminé, je cherche encore plus de diversité.

Kehl, Bade-Wurtemberg, Allemagne, juin 2015

Irena

200€, de Serbie. Irena dans son dressing se préparant pour un rendez-vous. J'ai contacté des centaines d'escort sur internet, la première qui a accepté d'être photographiée fut Irena. C'est une personne forte et très bavarde, sa vie est un peu rocambolesque. Elle a été hôtesse puis tenancière d'un bar à champagne. L'affaire a périclité. Pour se libérer des dettes et de son ex, elle s'est asservie en devenant escort.

Strasbourg, France, juillet 2015

Debbie

40€, de Bulgarie. Après mon expérience en appartement, j'ai commencé avec la prostitution de rue. Le long de la rue Frères Eberts j'ai vu une femme beaucoup plus grande que les autres. Après une brève discussion, Debbie a accepté d'être prise en photo à condition que son visage soit caché.

Strasbourg, France, juillet 2015

Amies

30€ + 30€, de Roumanie. Deux jeunes prostitutées de la rue de la Plaine des Bouchers. Généralement il est difficile de photographier des prostitutées, pour une photo je peux essuyer des dizaines de refus. Cette fois ce fut différent, en me voyant avec l'appareil photo elles ont insisté pour être photographiées en échange d'un tirage. Ces femmes étaient exceptionnellement enjouées et s'amusaient à poser ensemble. Quelques jours plus tard je suis revenu avec les tirages promis. Elles semblaient contentes des photos, jusqu'à ce que la maquerelle arrive pour les réprimander et confisquer ce que je venais de leur donner.

Strasbourg, France, septembre 2015

Yasmina

120€, de France. Le jour du rendez-vous, je suis arrivée à l'adresse indiquée. Ce n'était pas la bonne, car c'était pour me voir de la fenêtre d'en face « au cas où ». Après son message, j’ai traversé la rue vers la bonne adresse, quand soudain son petit-ami mac m'ouvre. Il m’a tenu la porte, je lui ai souri, puis il est parti. J’ai gravi tous les étages jusqu'à sa piaule sous les combles. À l'intérieur, il y avait une télé qui diffusait des clips, ça sentait le shit et j'en vois les restes dans le cendrier du salon. Yasmina était vêtue d'un survêtement, elle était un peu embrumée et elle ne voulait pas être photographiée ainsi. Durant les quelques minutes où elle s’est changée et s’est maquillée, elle m’a montré une photo de son enfant et m’a confié avoir commencé ce « travail » mineure et « prendre son pied » de plus en plus. J'ai trouvé Yasmina intrigante.

Lyon, France, janvier 2016

Milana

250€, d'Ukraine. J'ai été reçu dans un bel appartement dans le quartier de la Croix-Rousse, sûrement loué sur Airbnb. J'ai pu apercevoir sa collègue se détendre au salon avec son ordinateur. Puis, je suis allé dans une chambre pour photographier Milana. Malgré son style de vie confortable, j'ai déchanté en voyant ce qu'elle a subi de la chirurgie ésthétique.

Lyon, France, mars 2016

Amina

70€, de Roumanie. Une photo à la hauteur de la rencontre, peut-être la plus misérable. J'ai raté de peu son dernier client, en témoigne ses restes de mouchoirs sur le lit. Elle m'a recu avec sa copine, qui selon ses dires se cache dans un placard quand on n'a pas besoin d'elle.

Lyon, France, mars 2016

En ligne

La prostitution à Lyon se fait souvent en camionette (BMC dans l'argot des clients, pour bordel militaire de campagne à l'origine). On peut en voir alignées le long de certaines rues au sud de Lyon, loin des quartiers touristiques ou commerçants. Un espace désolé, aux alentours : une voie de chemin de fer, un port, une caserne militaire, une barre d'immeubles et deux camps de Roms.

Lyon, France, mars 2016

Dispute

Devant des bureaux de Sanofi, deux prostituées s'engueulent depuis leur fourgon, peut-être pour une question de territoire.

Lyon, France, janvier 2016

Sharon

40€, du Nigeria. L'intérieur du fourgon était sombre, seulement éclairé par une bougie. Il y avait un poêle à pétrole, son odeur et sa chaleur rendait l’atmosphère infernale.

Lille, France, mai 2016

Chloé

60€, de France. « J'étais sous la tutelle de l'État. Une fois que tu as 18 ans, ils te mettent dehors, peu importe que tu aies un travail ou non. J'avais pas envie de faire un job de merde sous payé. J'aurais pu reprendre des études mais j'ai préféré vivre en dehors du système. La prostitution me permet de faire ce que je veux. Pas de patron, pas d'horaire fixe... ». Chloé a 19 ans et donne 600 rendez-vous par an. Elle n'a pas de goûts de luxe et une bonne partie de son argent sert à éviter des ennuis avec la police. Pour elle, la prostitution est un moindre mal par rapport au salariat.